RGPD et club de foot : filmer et analyser des joueurs mineurs
Le RGPD s'applique à tout club de foot qui filme, photographie ou analyse ses joueurs, et les règles sont plus strictes quand ce sont des mineurs. En France, le droit à l'image des enfants est exercé en commun par les parents depuis la loi du 19 février 2024, et l'enfant doit être associé selon son âge. L'analyse par IA ajoute des questions précises : quelles données sont produites, où elles sont stockées, qui y accède et combien de temps. Voici un cadre pratique, à adapter avec le règlement du club et, si besoin, un conseil juridique.
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Dans cet article
Pourquoi filmer des joueurs mineurs est encadré
Une image ou une vidéo sur laquelle un joueur est identifiable est une donnée personnelle au sens du RGPD. Le club qui décide de filmer, de stocker ou d'analyser ces images est responsable du traitement, même s'il utilise un prestataire. À cela s'ajoute le droit à l'image, protégé par le Code civil au titre de la vie privée.
- Droit à l'image des enfants : depuis la loi n° 2024-120 du 19 février 2024, le Code civil prévoit que les parents protègent en commun le droit à l'image de leur enfant mineur et l'associent à cet exercice selon son âge et sa maturité. En cas de désaccord, le juge peut interdire à un parent de diffuser sans l'accord de l'autre.
- Services en ligne : pour un service en ligne fondé sur le consentement et proposé directement à un mineur de moins de 15 ans, la loi Informatique et Libertés exige le consentement conjoint du mineur et du titulaire de l'autorité parentale. La CNIL l'explique dans ses recommandations sur les droits des mineurs.
- Données sensibles : les données de santé (blessures, certificats, parfois la fréquence cardiaque selon l'usage) et les données biométriques utilisées pour identifier une personne font partie des catégories particulières de l'article 9 du RGPD.
Ces règles ne visent pas à empêcher les clubs de filmer. Elles obligent à répondre à l'avance à quatre questions simples : pourquoi filme-t-on, qui verra les images, combien de temps on les garde, et comment une famille peut refuser ou demander la suppression.
RGPD club de foot : autorisations et bases légales selon l'usage
Il n'y a pas une autorisation unique. Chaque usage doit avoir une finalité claire, une base légale, une information des personnes et une durée de conservation. Le tableau ci-dessous donne des repères fréquents ; le choix de la base légale doit être documenté par le club.
| Usage | Base souvent retenue | Ce qu'il faut prévoir | Conservation indicative |
|---|---|---|---|
| Vidéo d'analyse interne (staff, joueurs de l'équipe) | Intérêt légitime, à documenter | Information écrite, droit d'opposition, accès réservé | Fin de saison |
| Publication sur le site ou les réseaux du club | Consentement | Autorisation écrite des titulaires de l'autorité parentale, avis de l'enfant | Durée de la publication, retrait sur demande |
| Diffusion en direct d'un match ou d'un tournoi | Consentement | Autorisation préalable, possibilité de ne pas être filmé | Durée annoncée de la rediffusion |
| Données GPS ou fréquence cardiaque | Consentement explicite ou autre exception de l'article 9 | Information détaillée, accès limité, finalité de santé et performance | Courte, définie à l'avance |
Analyse par IA : ce qui change concrètement
Une plateforme d'analyse vidéo avec IA ne se contente pas de stocker des images. Elle produit de nouvelles données : positions, vitesses, cartes d'actions, parfois des profils de joueurs. Ces données dérivées sont aussi des données personnelles.
- Contrat de sous-traitance : le prestataire doit s'engager par contrat (article 28 du RGPD) sur la sécurité, la confidentialité, la suppression des données et l'usage éventuel des images pour entraîner ses modèles. Lisez ce dernier point avec attention.
- Localisation : demandez où sont hébergées les vidéos et si des données sont transférées hors de l'Union européenne.
- Pas de reconnaissance faciale pour identifier les joueurs : elle impliquerait des données biométriques. L'attribution des numéros suffit pour l'analyse.
- Analyse d'impact : un suivi systématique et régulier de mineurs avec des outils nouveaux peut justifier une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD). Les critères de la CNIL aident à décider.
- Accès : comptes nominatifs pour le staff, pas de lien public de partage, retrait des accès des éducateurs qui quittent le club.
Le règlement européen sur l'IA (AI Act) : ce qui s'applique à un club
Le règlement (UE) 2024/1689 classe les systèmes d'IA par niveau de risque. Un club qui utilise un outil d'analyse vidéo ou un assistant de texte est en général un « déployeur » de systèmes à risque limité ou minimal. La plupart des obligations lourdes pèsent sur les fournisseurs.
- Pratiques interdites depuis le 2 février 2025 : notamment l'exploitation des vulnérabilités liées à l'âge, la notation sociale, la reconnaissance des émotions sur le lieu de travail et dans les établissements d'enseignement (hors raisons médicales ou de sécurité), la catégorisation biométrique pour déduire des caractéristiques sensibles.
- Transparence : les contenus générés ou manipulés qui pourraient passer pour réels (hypertrucages) doivent être signalés. Un club qui publie une image ou une vidéo générée par IA l'indique clairement.
- Systèmes à haut risque : le règlement (UE) 2026/1744, publié au Journal officiel le 24 juillet 2026, a reporté l'application des exigences pour les systèmes de l'annexe III au 2 décembre 2027. Un usage sportif courant n'entre généralement pas dans ces catégories, mais vérifiez si un outil sert à des décisions d'admission dans un établissement de formation.
Le règlement sur l'IA ne remplace pas le RGPD : les deux s'appliquent. Pour un club amateur, le RGPD reste de loin le texte le plus concret au quotidien.
Avant de penser à l'IA, mieux vaut automatiser les tâches répétitives qui n'impliquent aucune donnée sensible, comme le calendrier d'un tournoi. Le générateur de calendrier de tournoi de DorsalCUP est gratuit, sans inscription, et ne conserve aucune donnée sur un serveur.
Bonnes pratiques pour un club amateur
- Désigner un référent données au bureau, même bénévole, qui tient la liste des traitements (inscriptions, vidéos, photos, communication).
- Rédiger une notice d'information courte, en langage simple, remise à l'inscription et lisible par les jeunes joueurs.
- Séparer les autorisations par usage et conserver les réponses.
- Choisir les outils avec un contrat clair, un hébergement connu et une suppression possible des données.
- Limiter l'accès aux vidéos d'analyse au staff de l'équipe ; pas d'envoi de séquences dans les groupes de messagerie des parents.
- Supprimer les vidéos d'analyse en fin de saison, sauf extraits conservés avec l'accord des familles.
- Former les éducateurs : ce qu'on filme, ce qu'on partage, ce qu'on ne saisit jamais dans un assistant d'IA (noms, santé, situation familiale).
Ces règles s'appliquent aussi aux tournois, où les parents et les clubs filment beaucoup. Annoncer à l'accueil ce qui sera filmé et diffusé, et prévoir un moyen simple de signaler un refus, évite la plupart des tensions. Voir aussi l'analyse vidéo avec l'IA et l'usage de l'IA dans la gestion du club.
Questions fréquentes
Un club de foot peut-il filmer les matchs de ses équipes de jeunes ?
Oui, pour une finalité définie comme l'analyse interne, avec une information claire des familles, un accès limité au staff et une durée de conservation fixée. La publication ou la diffusion en direct demandent en plus une autorisation des titulaires de l'autorité parentale.
Faut-il l'accord des deux parents pour le droit à l'image d'un enfant ?
Depuis la loi du 19 février 2024, les parents exercent en commun le droit à l'image de leur enfant et doivent l'y associer selon son âge. En pratique, faites signer l'autorisation par les titulaires de l'autorité parentale et respectez l'opposition de l'un d'eux.
L'AI Act interdit-il l'analyse vidéo des joueurs ?
Non. L'analyse de jeu courante n'est pas une pratique interdite. Le règlement interdit en revanche certains usages, comme la reconnaissance des émotions au travail et dans l'enseignement ou l'exploitation des vulnérabilités liées à l'âge, et impose de signaler les contenus générés qui pourraient passer pour réels.
Combien de temps garder les vidéos d'analyse ?
Le RGPD ne fixe pas de durée unique : le club la définit selon la finalité. Pour l'analyse d'une saison, la fin de saison est un repère courant ; au-delà, conservez seulement des extraits avec l'accord des familles.
Les données GPS d'un joueur sont-elles des données de santé ?
Les positions et distances sont des données personnelles ; la fréquence cardiaque ou des informations sur la fatigue et les blessures peuvent relever des données de santé selon leur usage. Traitez-les avec un accès limité et une base légale adaptée.
Sources
- Loi n° 2024-120 du 19 février 2024 visant à garantir le respect du droit à l'image des enfants — commentaire Actu-Juridique
- CNIL — Recommandation 4 : rechercher le consentement d'un parent pour les mineurs de moins de 15 ans
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD) — articles 6, 9, 28 et 35
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle
- Mayer Brown — Interdictions et maîtrise de l'IA applicables au 2 février 2025
- Future of Privacy Forum — EU AI Act Timeline 2026 (règlement 2026/1744)
- Cuatrecasas — Digital Omnibus on AI: key changes to the AI Act
Vérifié en octobre 2026. Les règles et les catégories varient selon la ligue et la saison ; vérifiez le règlement local.